Déjà, le mur d’enceinte, c’est plus tout à fait ça depuis que la voisine a oublié de serrer le frein à main de son monospace. On se croirait un peu à Kyoto après que la terre ait tremblé et les boites aux lettres ne ferment plus. Tu me diras, ça met en phase avec le local à ordures à ciel ouvert, c’est bien, c’est raccord.
J’habite au premier étage. Sur le perron (abattez-moi tout de suite, j’ai un perron et je sais ce que ce mot veut dire, je suis ma grand-mère, pourquoi pas une marquise ou une pergola tant qu’on y est), ma maman m’a planté des géraniums. Il y a un an et demi. Ah oui, ils sont morts de chez morts, mais je trouve que ça donne un genre, des géraniums morts de froid dans leur bacs. Et surtout, je refuse d’y mettre les mains, c’est tout gluant depuis au moins 10 mois, j’ai bon espoir qu’ils finissent par s’évaporer. Sur le perron, il y a aussi deux ou trois sacs poubelles, que j’oublie régulièrement de descendre au local précité. Bon en fait, j’oublie pas systématiquement, c’est juste que souvent, le lundi j’ai mis mes talons aiguilles et ma jupe étroite et que descendre les poubelles dans cette tenue, ça va bien oui et pourquoi pas passer l’aspirateur en Chanel. Le mardi, souvent j’ai la flemme ou je suis en train de bramer au Nathasmère que s’il ne se bouge pas un peu la couenne et qu’on arrive encore en retard à cause de lui, je le mets en apprentissage de cantonnier, alors qu’en fait, c’est tout à fait ma faute parce que j’ai lu mes mails au lieu de me maquiller. Le mercredi, j’oublie et le jeudi, pfff, à quoi bon puisque le camion de ramassage ne passe que le lundi et le mercredi soir.
Entrons. Mais fais gaffe la porte blindée pourrait bien te revenir en pleines gencives, il y a du monde derrière. Enfin du monde, façon de parler. Il y a des chaussures. 1 mètre 75 de hauteur de chaussures entassées dans l’ordre de retirage. Oh tu peux y aller, j’ai déjà essayé d’en trouver une paire complète, ha ha quelle rigolade, tu en as pour des heures. Là encore il y a une explication. Je suis atteinte du syndrome bien connu de Pipistein de Clétovitch dans la serrure. Dès que j’arrive chez moi, je ne sais pas, ça doit provoquer une sorte de relâchement du sphincter principal du pipi et si je ne mets pas le turbo, flanquant mon fils contre le mur et envoyant valdinguer mes godasses sur le tas, j’inonde mes collants. D’où le tas de chaussures ET les zébrures noires, marrons et grises sur le murs, vu que quand tu balances une godasse au petit bonheur, tu as une chance sur deux de marquer le mur. Ou de péter un carreau oui, j’ai déjà fait, je ne mesure pas ma force. Pas loin du tas de godasses, il y a le tas de manteaux. Je vais pas te la refaire, pipi urgent, tout ça, j’accroche vite fait mon manteau sur la patère (HAAAAA je dis patère, maintenant, achevez-moi à coup de déambulateur). 4 ans de strates géologiques de manteaux par ordre des saisons, qui réduit le couloir d’entrée de plusieurs mètres. Donc, gaffe en ouvrant la porte, qu’elle ne te fasse pas la face toute plate façon nouveau-né coréen.
A gauche, ma chambre. Ah non, non, pas la buanderie, ma chambre. Cette impression que les placards ont été soufflés par la réplique de Nagasaki, c’est juste que je suis toujours un peu hésitante le matin. Et pareil pour les tiroirs de la commode. Je commence avec la vague idée d’associer tel chemisier avec tel pantalon, mais j’ai l’air d’une vache déguisée en banquière. Alors je change d’avis et je retire le tout, que je laisse par terre, à l’envers. Parce que c’est pas tout ça, mais il est déjà 8h12 et je suis en culotte en train de dire des gros mots à cette pute de fermeture éclair de jupe qui me reste dans la main, quoi c’est parce que j’ai un gros cul, on t’a demandé si ta grand-mère faisait du vélo ? Brefle, imagine la scène se répéter avec la totalité du contenu de ma garde-robe et tu comprendras pourquoi on ne voit pas la couleur du parquet. Mais attention, c’est du désordre propre et organisé, hein. Là le tas de fringues propres, là le tas de fringues sales que je ne vais pas tarder à avoir le courage de mettre dans le bac à linge sale. Demain probablement. Là ? Heu… le tas de fringues que j’ai pas encore décidé si je les jetais de rage à la poubelle vu que je ne rentre plus dedans ou que je mets de côté pour quand je serai le sosie de Kate Moss. Non, on n’ouvre pas le bureau, non. J’AI DIT NON. Parce que tu comprends si jamais tu l’ouvres, tout le bordel que j’ai planqué à l’intérieur risque de t’exploser à la figure.
Tadaaam, le salon. Si, si. Regarde, derrière la table à repasser, il y a une télé. et même un canapé sous les 300 kilos de bouquins, le cartable de mon fils et, hop hop attation en t’asseyant, les pots de pâte à modeler. Là ben là, pas de question, hein, tu peux voir que c’est à cet endroit que Nanou mange. Et c’est pas compliqué de deviner ce qu’il a mangé aux 7 derniers repas, vu que ce petit empoté rate sa bouche une cuillerée sur 2. L’aspirateur ? Mmmmh… laisse moi réfléchir, je ne l’ai pas vu depuis un moment. Ben dans l’entrée, je crois bien. Sûrement derrière les chaussures ou sous les manteaux. Sinon, tu peux voir que ma soeur est une abominable menteuse : mes plantes vertes sont en pleine forme. Mais c’est complètement pas grâce à moi. Elle mènent leur vie propre. Ici, c’est à la guerre comme à la guerre, il ne faut pas avoir besoin de trop de flotte.
La chambre de son Altesse Sérénissime. Ah, ça fait un choc, hein ? J’aurais beau jeu d’exiger qu’il la range, vu le souk dans lequel je l’oblige à vivre. Disons juste qu’il a hérité de ma nature de cheveux, de mon sens de la répartie sans filtre et du gène du bordel. Sur son tableau, oui, tu sais lire, il y a bien écrit “con” et “merde”. S’il n’a pas droit de dire des gros mots, rien dans la loi maternelle ne lui interdit de les écrire. Ben oui. Sur le lit, les habituels copains : Poupée (une vieillerie de chiffon dépenaillée avec laquelle je dormais il n’y a pas loin de trente ans et garde tes commentaires merci), Winnie Le Caca (the Pooh, jeu de mot bilingue copyright Maddy) et Gropoil (l’origine de son nom remonte à des temps immémoriaux, quand le Nathasamère avait son vocabulaire propre). Au mur, une photo de papa et maman à l’époque où ils pouvaient se tenir dans la même pièce sans avoir envie de se crever les yeux avec les ongles et un de sa cousine chérie, qu’il embrasse tous les soirs sans exception. Sa tante et moi pensons ne JAMAIS les laisser seuls d’ici 8 ou 9 ans, histoire que cette famille puisse se cantonner à un ou deux tarés congénitaux. Il y a peu de ses dessins dans la chambre du Nathasamère. Ils me donnent des cauchemars.
Non, ceci n’est pas un cagibi, c’est ma cuisine. Ne t’appuie pas trop fort sur le meuble, je l’ai fabriqué moi même et il tient plus à la force du Saint Esprit que grâce aux vis et aux boulons. Ah, et tant que tu y es, évite de t’appuyer au frigo aussi, il y a de fort risques d’y rester coller par le paletot, j’ai perdu l’éponge il y a plusieurs semaines.
Salle de bains, rien de bien particulier. Je suis extrêmement fière de mon bac à linge sale, complètement vide, qui me donne presque l’impression d’être une ménagère modèle. La salle de bains est très propre, oui. Mis à part le miroir constellé de projections de dentifrice, ce qui n’est pas du tout dégoûtant, mon dentifrice est très propre. Au bord de la baignoire, la preuve de ma maladie mentale des shampooings (7) et gels douche (8). Pas moyen de faire les courses sans en acheter un ou deux. Pareil avec les déodorants (14) et les brosses à dents (3 par habitant).
Toilettes, cabinets, ouatères, c’est au choix, je commence à me faire à l’idée de parler comme une maison de retraite. Alors ici, oui, ce n’est pas une impression, ça sent la pissotière. Pourtant, je jure que je frotte, j’astique, je javellise, je gratounette tous les jours. Mais c’est la faute à Monsieur mon fils, encore novice dans la maîtrise de sa lance à incendie. Sinon, bon, ben ce sont des gogues, hein, on ne va pas s’appesantir.
Alors voilà, tout ça pour dire que je cherche une bonne âme pour venir faire un brin de ménage par ici. Ou 12 bonnes âmes oui, ce sera peut être plus simple. Une sorte de Monica Geller fera l’affaire, quelqu’un que le repassage passionne, que le décapage de carrelage excite, que le nettoyage des carreaux fait triper, ça urge. J’ai peur qu’on finisse par me retirer la garde de mon fils et des plantes vertes.
Des Bises
Marie